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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 09:32

 

brique-de-the.jpg

 Brique de thé

 

 

Sen Sôshitsu a dit « J’ai parcouru le monde entier en souhaitant atteindre la paix en partageant un bol de thé » …

Pour ma part, j’aimerai visiter le monde en souhaitant atteindre « la sérénité en partageant autour d’un bol de thé l’amour et l’amitié qui nous manque tant dans ce monde ».

Il y a bien des manières de voyager, moi j’aime voyager en rêvant.

Lorsque je prends un thé vert et que je regarde sa couleur, que l’odeur éveille en moi des sensations iodées, d’herbes sèches ou fleuries, je me sens en communion avec la nature. Une paix m’envahie et, si j’offre un thé à un ami, peut-être pourrions-nous répandre et partager ce moment de sérénité.

Le thé est symbole d’amitié, d’hospitalité, d’accueil, de générosité. Il est chargé d’histoire, de poésie, de rêves, il est une philosophie, un art de vivre.

« Approchez, ô approchez

vous qui êtes assoiffés de thé

et fébriles,

la bouilloire est sur le feu

elle chante et gronde

mélodieusement »

Ce poème de Rabîndranâth Tagore résume bien ce préambule.

Aussi importante que la route de la soie, il y eut la route du thé – les nomades troquaient des briques ou des galettes de thé contre des soieries, de la laine ou du coton – ou  devrais-je dire plusieurs routes du thé, celle du Nord qui permit au Mongols d’avoir du thé sans en faire le commerce et celle qui traversaient la chine d’Est en Ouest en passant par le Yunnan, le Sichuan et le Tibet avant d’arriver en « Russie asiatique » jusqu’au monde Musulman.

En 1817 l’importance de cette route du thé        aboutit à Nijni Novgorod où se déroulait pendant six semaines la plus grande foire commerciale annuelle et qui réunissait plus de quinze mille marchands.

C’est à partir de là que le thé était réexpédié vers d’autres villes de la Russie et exportée jusqu’en Scandinavie.

Douceur de la soie –

des plaines aux monts les plus hauts

les premiers bourgeons

Du thé sauvage au thé de culture, bien des différences. Dans le sud du Yunnan, quelques théiers de plus de dix mètres de haut, ne donnent pas du thé exceptionnel, car le théier demande à être domestiqué et exige bien des soins.

Ce théier sauvage

un vestige millénaire

moins vénérable

Etant d’origine Sicilienne, vous pouvez vous en douter, ma préférence allait au café, jusqu’au jour où ce breuvage me rendit malade… Je me mis alors à boire du thé.

Du thé noir au début, puis noir parfumé, mais ce n’était toujours pas satisfaisant.

Jusqu’au jour où une amie m’invita à passer quelques jours de vacances en Provence.  Buveuse de thé, elle me donna l’occasion de goûter un thé vert, et là, j’avoue qu’à ma grande surprise j’ai ressenti des saveurs subtiles et délicates qui m’ont données envie de découvrir les différences entre les thés de Chine.

De la Chine au Japon qu’à cela ne tienne, il n’y a qu’un pas à faire, surtout à travers les livres. Je me mis à m’intéresser aux thés verts du Japon qui sont complètement différents.

D’un thé à l’autre, d’une culture à l’autre j’ai découvert entre autre le haïku, l’encre, le monde de l’Ukiyo-e[1], Etc.

Finalement l’intérêt que l’on porte aux choses tient souvent à trois fois rien, ces trois fois rien saisissent sur le vif et que l’on essaye de retranscrire dans un haïku…

Un thé pour rêver –

un pinceau chargé d’encre

… l’Ukiyo-e

Voyager entre les grandes origines du thé est une adéquation entre le climat, la nature du sol et les techniques de cultures. C’est tout cela qui définie la notion de terroir, tout comme pour les grands vins.

Situé en altitude sur des sols légèrement acides et riches en azote, volcaniques au Kenya, rocheux à Darjeeling, alluvionnaires comme en Assam la nature s’y prête remarquablement et favorise le profond enracinement des théiers.

Pour parfaire le tout, cinq à six heures d’ensoleillement par jour, de l’ombre partielle et changeante, des ondées le soir, des pluies nocturnes, une température n’excédant pas trente cinq degrés sans écart brutaux, tout cela favorise l’appellation Grand Jardin.

Thé de “Grand Jardin”

cette ivresse des sommets

       une seule tasse

Au début du printemps nous arpentions Clermont-Ferrand avec une amie et un guide. Transi de froid, nous nous dirigions par une petite rue vers le centre névralgique lorsque nous découvrîmes un salon de thé extraordinaire à

l’ambiance dédiée à l’Asie : meubles magnifiques, objets de décoration des différents pays producteurs de thé. Nous nous asseyions dans un élégant et minuscule salon japonais pour savourer un Gyokuru[2].

Reconnaissable à ses fines feuilles pointues comme des aiguilles, à son parfum qui libère des notes très puissantes d’épinard frais portées par une bouffée d’embrun,  la délicatesse de ce thé du Japon  fit de cet instant un grand moment de bonheur et une envie d’aller encore plus loin, visiter le Japon…

Couleur de prairie

noble goutte de rosée

lumière printanière

Un peu plus tard dans l’après midi, nous nous sommes rendues au vernissage d’une exposition sur le raku. L’artiste japonais nous a présenté sa production, il est également Maître de thé.

À la fin de l’exposition nous avons assisté à une cérémonie de thé – chose très rare – on participe à une cérémonie mais on ne la montre pas en public.

Le cérémonial du Chanoyu[3] est très long. Le praticien a revêtu un kimono. La calligraphie, les céramiques, l’encens et les arrangements floraux sont indispensables.

Le thé utilisé est du Matcha[4], une variété de Tencha de haute qualité à feuille très fine. Trois semaines avant la récolte, les feuilles sont recouvertes de natte de bambou pour concentrer la chlorophylle des pousses tendres et des bourgeons. La cueillette a lieu trois fois par an, les feuilles sont hachées avant d’être séchées, stockées dans des caves et , au fur et à mesure des besoins, elles sont moulues et mises dans de petites boites hermétiques pour garder toute la puissance de leurs arômes.

 

matcha ++

« Au cours de la période des Tokugawa, la cérémonie du thé prit de l’importance à titre de forme de réception officielle, pratiquée par les membres des classes supérieures. La cérémonie était dorénavant très politisée, et de nombreux seigneurs féodaux gardèrent des maîtres du thé pour les aider avec la cérémonie. Seuls les membres de la classe des samouraïs avaient le droit de pratiquer la cérémonie du thé, en plus des prêtres et de la noblesse. » 1999, CHIN-Canadian Héritage Information Network.

Chanoyu

mousse de jade liquide

repos du samouraï

L’été est propice à la récolte des thés comme le Golden Needle, thé très rare.

Si l’on est amateur on se doit de le déguster au moins une fois dans sa vie, ou le Keemun Mao Feng de la région d’Anhui.

 

Un matin, j’allais acheter du thé, n’étant pas très en forme, la maîtresse des lieux me conseilla de boire un  Pu erh, un thé de la région du Yunnan, je m’installais donc pour le goûter  avant d’en acheter. Ce fut une expérience étonnante…

Au premier abord il a un goût de terre mouillée, mais en insistant on peut découvrir des notes de tabac, d’iode, d’endive cuite, tous ces parfums offrent un bouquet racé.

J’appris plus tard qu’il est pratiquement considéré en Chine comme le « thé

miracle » capable de faire passer bien des maux. En tout cas j’avoue pour ma part qu’il est assez efficace après un repas un peu trop lourd.

Mes sens en éveil
au frémissement de l'eau
thé blanc, vert ou noir

Chaque nom de thé est un voyage à lui seul.

Earl Grey « roi de Sicile », inspiré par le personnage de Léontès, le roi tourmenté de Sicile dans le « conte d’hiver de Shakespeare », thé parfumé à la bergamote du Sud de l’Italie.

Casanova, encore un voyage pour cet hommage rendu au philosophe libertin.

« Le secret Tibétain » sur un thé noir.

 «Le Toit du monde » sur un Wulong, créé pour le quarantième anniversaire de la conquête de l’Everest par l’homme.

Goût russe, Shéhérazade, Perle du mandarin, autant de noms que de thés sur la route des thés

Une histoire d’amour –

s’abandonner au plaisir

d’un voyage rêver…



[1] L’Ukiyo-e : en japonais signifiant « image du monde flottant » mouvement artistique japonais de l’époque d’Edo (1603-1868)

[2] Gyokuru, signifie perle de rosée ou noble goutte de rosée

[3] Chanoyu : littéralement « eau chaude pour le thé »

[4] Matcha : traduit par « Mousse de jade liquide »

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 09:00


Assise au bord d’un lac près de chez moi, une légère brise me caresse le visage. Les seuls bruits des carpes qui sautent et des canards qui atterrissent dans l’eau m’ont fait de l’effet, comme si j’avais appuyé sur la touche replay ou return d’un DVD permettant de remonter dans le temps de ce voyage en Toscane et en particulier à Florence.

En arrivant à Florence ce qui m’a le plus marquée c’est l’élégance en général, l’élégance de la ville et l’incroyable distinction des femmes vêtues de manière raffinée même pour aller faire leurs courses au marché.

Capitale de la Toscane, berceau de la Renaissance, la puissante cité des Médicis recèle des trésors artistiques au sein de palais fortifiés et d’églises où est préservée la magnificence de cette époque.

La Toscane avec sa lumière si particulière, sa douceur de vivre, me donne envie de m’exiler.

Comme toutes les villes traversées par un fleuve, ici en l’occurrence l’Arno, elles ont une beauté, une gaîté, une magie qui leur est propre.


 La Toscane

baignée d’ombre et de lumière

Giottto di Bonde

 

FLORENCE modifié-1

La ville compte plusieurs ponts, le Ponte Santa Trinita, le Ponte Alla Victoria et, le plus célèbre, le Ponte Vecchio qui enjambe l’Arno dans son point le plus étroit et dont les particularités résident dans le fait qu’il possède sur toute sa longueur des boutiques, principalement des bijouteries mais surtout le corridor de Vasari – ce corridor permettaient aux Médicis de rejoindre le Palais Pitti depuis le Palazzo Vecchio et les Offices en évitant les dangers de la rue.

Le Ponte Vecchio, le seul ayant échappé aux bombardements de la deuxième guerre mondiale, et la Basilica Santa Maria del Fiore sont les symboles de Florence

 Aux regards furtifs

l’inépuisable Florence

Divina Comedia

Je sors des sentiers battus pour éviter les hordes de touristes, les yeux rivés sur le drapeau que tient le guide à bout de bras, de peur de rater on ne sait quoi et surtout de se perdre.

Je pars en direction du quartier de Santa Croche pour voir l’envers du décor, la maison de Michel Ange, le rêve du génie : la Casa Buonanoti.

Au hasard de mes flâneries j’apprécie le calme de l’adorable cloître de Brunelleschi, une des plus belle oasis de Florence.

Je franchi l’Arno et me retrouve dans un incroyable bric à brac de ferronneries d’art, de sculptures amassées par le premier antiquaire de Florence, et je poursuis jusqu’au Ponte Vecchio où sont rassemblées les boutiques d’orfèvrerie, passage inéluctable pour les touristes.

 Temple des orfèvres –

mille bijoux et breloques,

l’Arno pour écrin

 Ce qui est bien à Florence, c’est qu’au détour d’une rue on se retrouve sur des places qui ont toutes un charme particulier. Au gré de mes déambulations j’arrive sur la Placetta Felicita où la fraîcheur d’une église me tend les bras. Je n’hésite pas, un peu fatiguée j’entre et, à ma grande surprise, s’offre à mon regard une descente de croix sublimée par un artiste tombé dans l’oubli.

Perdue dans la ville

de piazetta en piazetta

– la course aux trésors

 Le lieu le plus notoire de Florence est la Piazza Della Republica. Son célèbre “Caffè Paszlowski” est bordé d’une haie de palmiers en pots, aux tables recouvertes de nappe couleur saumon – « Ah ! quel délicieux endroit pour déguster un capuccino » – et, à l’apéritif du soir, son non moins célèbre “Caffè Le Giubbe Rosse [1] qui est le point stratégique de la place avec en enfilade une vue sur les maisons que Dante voyait le matin et, de l’autre côté, les splendides arcades du XIXème siècle et l’orgueilleux palais Strozzi.

Alberto Viviani décrivit le “Caffè Le Giubbe Rosse” comme le lieu « où le mouvement futuriste fleurit, lutta et s’étendit ». Les membres qui en faisaient partie voulaient célébrer le courage, l’amour du péril et l’énergie. De nombreux poètes, comme Ardengo Soffici [2], Eugenio Montale [3], Filippo Tommaso Marinetti [4], Guiseppe Prezzolini [5], Giovanni Papini [6], se retrouvaient pour discuter et ont créé une grande partie de la littérature italienne du XXème siècle. Ces poètes ont été à l’origine d’importantes revues comme Lacerba et Solaria.

On ne peut que remarquer les serveurs tous en chemise rouge, et quand on entre à l’intérieur de ce café on constate qu’il est tapissé de dessins et de peintures.

 À l’apéritif

évoquer le Futurisme

… le temps d’un instant

 Des nombreuses places de Florence l’on peut en retenir deux autres.

La Piazza Michelangelo avec son belvédère qui permet d’admirer la beauté de cette ville en particulier quand le soleil oblique du matin caresse les pierres et les adoucit de sa lumière perlée.

La Piazza della Signoria bordée de palais avec la très belle fontaine de Neptune aux naïades. Sculpté dans le marbre blanc de Carrare, Neptune a les traits de Cosme 1er de Médicis, faisant référence à la puissance maritime de Florence.

La Loggia dei Lanzide, en forme de coffret précieux, y abriterait les copies du « Persée » de Cellini et de « l’Enlèvement des Sabines » de Giambologna – François 1er Duc de Toscane en trouva le thème et décréta qu’elle serait montrée Piazza della Signoria. Au Moyen-âge il y avait des demeures gibelines qui furent rasées par les Guelfes [7] après leur victoire en interdisant à quiconque de reconstruire sur leurs ruines, d’où cette place bordée de palais et sobrement ornée. 

 De ce belvédère

la splendeur de Florence

… et bien plus encore

 Autre merveille, le fascinant Palazzo Vecchio et son beffroi, siège du pouvoir de la République, avec de part et d’autre de l’entrée le David de Michel-Ange face au Hercule de Bandinelli. Le tout nous donne à ressentir l’impression de faste et d’opulence de la ville à l’époque de la Renaissance. La lanterne en marbre de la coupole du Duomo posée là pour bloquer les poussées des grandes arrêtes, invention fabuleuse de Filippo Brunelleschi.

 Parmi tous ces trésors, s’il en est un incontournable, c’est bien le Baptistère (Battistero di San Giovanni) situé Piazza del Duomo. Bâti sur d’anciennes constructions romaines, il fut la première Basilique (Basilique San Lorenzo) puis devint Cathédrale au IXème siècle et c’est en 1128 qu’il jouera son rôle de Baptistère, un des plus beaux joyaux de l’architecture romane de Florence.

L’intérieur est pavé de mosaïque, le plafond est inspiré de l’art Byzantin.

La renommée de ce Baptistère provient de ses superbes portes de bronze ornées de bas-reliefs.

Après avoir réalisé des modèles en cire Andréa Pisano conçut la porte Sud, la première à être posée ; il fit venir des artistes vénitiens pour sa réalisation entre 1830 et 1838.

Quant à la porte Nord, l’Arte di Calimala organisa un concours remporté par Lorenzo Ghiberti en 1401 – cette porte est similaire à la porte Sud ; il réalisa également la porte Est appelée « Porte du Paradis » par Michel-Ange. Les particularités de cette porte sont les reflets dorés et la forme de ses bas-reliefs. Vingt-cinq ans furent nécessaires à Lozenzo Ghiberti pour réaliser ces portes.

À la gloire de l’Art

tous ces bas-reliefs dorés

– photos souvenir

 N’oublions pas le Musée des Offices, avec ce questionnement sur l’homme et sa place dans l’univers. Cette révolution pour l’époque s’est faite en peignant des sujets religieux très codés comme « l’Annonciation, des scènes bibliques (Vierge à l’enfant…).

On peut suivre ce changement de « Giotto à Masaccio en passant par Michel-Ange », qui nous montre une représentation humaine très désincarnée au triomphe de la vie et du mouvement.

Non loin de là je fais un détour Via dei Tavolini à la Gelateria Perchè No ! (antre des délices glacés… « il più grande ghiacciaio del mondo », slogan bien rodé). Après avoir dégusté ces glaces, je ne suis pas loin de penser que c’est la réalité.

Un moment divin, 

je pèche par gourmandise

Perchè… Perchè No !

 Derrière le palais Pitti, le jardin Boboli avec son lion couronné. Eh oui le lion est l’emblème de Florence, il est souvent représenté sur fond de fleurs de lys. Était-ce pour monter la puissance de cette ville et son rayonnement en nous rappelant que Florence fut élevée au rang de Grand Duché ?

 Florence est l’un des joyaux de la Toscane, mais bien d’autres villes toutes aussi belles comme Pise, Pistola, Lucques avec leurs marbres triomphants, et Carrare connu dans le monde entier pour la pureté de son marbre blanc.

 Le personnage Pinocchio fut inventé en 1880 par Carlo Lozenzini connu sous le pseudonyme de Collodi, nom du village natal de sa mère, situé à quelques kilomètres de Lucques.

Collodi est enterré à Florence dans le cimetière de San Miniato al Monte.

 Héro des enfants

dans ce parc aux mensonges

– Na ! figé son nez

 Malgré tout Florence, la ville où il faut se perdre et marcher l’œil furtif pour percevoir les splendeurs des façades, niches et statues ainsi que les médaillons de céramique représentant des bébés emmaillotés sur les arcades de la Piazza Anunziata.

 Florence, ville inépuisable pour tous ceux qui savent y porter leur regard.

 

Graziella Dupuy

Saint-Amant-Tallende, mars 1999

[1]  Caffè Le Giubbe Rosse en référence aux chemises rouges italiennes. 

 

[2]  Ardengo Soffici, poète et peintre dont l’œuvre se situe entre futurisme et cubisme.

       Il fut l’un des intellectuels italiens qui adhérèrent au fascisme.

 

[3]  Eugenio Montale, poète italien qui reçut le Prix Nobel de Littérature en 1975.

 

[4]  Filippo Tommaso Marinetti, pseudonyme d’Emilio Angelo Carlo,  écrivit ses premiers poèmes en français,

dans un style symboliste nettement influencé par Stéphane Mallarmé et Gabriele d’Annunzio.

Il fonda la revue “Poésia”, publication officielle du nouveau mouvement poétique fondé en 1908 : Le Futurisme. Chef de file du mouvement, il publia son « Manifesto del Futurismo » qui parut également en France.

 

[5]  Guiseppe Prezolini était journaliste, écrivain et éditeur. 

 

[6]  Giovanni Papini, écrivain italien. Il continue de susciter une grande attention critique en France et en Italie.

       Sa pensée satirique est controversée en raison de ses rapports avec le fascisme.

 

[7]  Les guelfes et les gibelins furent deux factions (parte ou plus souvent brigate, ou setta) médiévales qui s'opposèrent militairement, politiquement et culturellement dans l'Italie des Duecento et Trecento. Elles soutinrent respectivement et initialement deux dynasties qui se disputaient le trône du Saint-Empire romain germanique.

La pars guelfa appuya les prétentions de la dynastie des « Welfs » et de la papauté, puis de la maison d'Anjou ;

la pars gebellina, celles de la dynastie des Hohenstaufen, au-delà celles du Saint-Empire romain germanique. Conflit en apparence proprement germanique, l'opposition entre Guelfes et Gibelins se transporta dans diverses parties d'Europe, principalement dans les villes de la péninsule italienne. Dans cette bipolarisation, parfois surestimée, les allégeances dynastiques furent parfois secondaires, les adhésions fluctuantes, et il fallut attendre le règne de Frédéric II pour que papauté et empire devinssent des symboles forts de ralliement et que se construisît une véritable division antithétique. Ce clivage trouva des manifestations dans le domaine civique et religieux et cristallisa les tensions entre les villes italiennes, au sein de leurs élites et parfois entre la ville et son contado.

L'écho du conflit se manifesta à des époques ultérieures, en revêtant de nouveaux caractères et en stigmatisant des oppositions idéologiques nouvelles.

 
   

 

 porte-paradis-florence.jpg

  

 Porte du Paradis - Baptistère Florence

 

 

 

 

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 10:42

à mon père...

Haïbun publié dans la revue Ploc n°17 'octobre 2010)

 

Semaine Sainte, aéroport Saint-Exupéry.

Premier vol en partance pour la Sicile, embarquement 10 heures, arrivée prévue à

11 h 30.


Bientôt je serai à Palerme, destination Sciacca[1] où nous établirons notre « camp de base ».

 

Une grande émotion m’envahie.

Pour la première fois je vais fouler la terre de mes ancêtres, là où est né mon père.

Nous allons visiter une partie de cette île où règne en maître l’Etna.

 

C’est étrange mais, dès mon arrivé à Palerme, j’ai eu pour la première fois l’impression d’être vraiment chez moi, d’appartenir à ce lieu.

 

En assistant aux fêtes pascales en Sicile nous prenons conscience que les autochtones y sont de fervents pratiquants catholiques.

 

La « danse des démons » de Prizzi débute sur les collines de Palerme. Traditionnellement les habitants se déguisent en revêtant des masques sataniques rouges et noirs, rehaussés de cornes. Ces démons descendent en ville en semant la “terreur” et obligent les passants à acheter une boisson dans le but de leur voler leur âme. Ainsi est symbolisée la lutte entre le bien et le mal.

Cela prend fin lorsqu’arrivent des villageois qui ont endossé des ailes d’ange ou les vêtements de Jésus et Marie ; ils capturent les démons et les obligent à boire à leur tour.

 

Journée de printemps –

descendu sur la ville

un rite ancestral

 

La Sicile, île entre ciel et eau, fut envahie successivement par les Phéniciens, les Carthaginois et les Grecs. Elle devint Province Romaine à partir de 241 avant J-C. En 440 vinrent les Vandales et les Goths. En 535 nous furent conquis par les Byzantins puis, dès 827, advint la suprématie Arabe. À partir de 1051, les Normands nous rendirent “visite”. En 1194 ce fut au tour de la dynastie des Hohenstaufun[2] et en 1266 ce fut le règne de l’Anjou et d’Aragon.

C’est en 1861 que la Sicile fut réunie à l’Italie après la conquête des francs tireurs italiens de Garibaldi. En 1922 Mussolini prit le pouvoir et à partir de 1946 la Sicile devint une région autonome de l’Italie. Malgré tout, un Sicilien demeure et reste Sicilien avant d’être Italien.

 

Entre ciel et eau

la colère de la terre

à peine assoupie

 

Dès janvier, les fleurs d’amandiers soulignent d’une note de gaîté les paysages agrigentins et en particulier la vallée des temples. Souvent précoces les floraisons annoncent le printemps. Les champs revêtus d’une si douce blancheur en deviennent la couronne des vestiges antiques.

 

Vallée des temples

la glorieuse cité grecque

murmure son histoire

 

Une des plus splendides retraites de la terre de Sicile, Heraclea Minoa[3], située devant un rivage enchanteur sur un plateau d’argile surplombant l’embouchure de Platini (l’antique Halycos) et la mer d’Afrique. On peut y voir se dresser les ruines du théâtre de l’antique Minoa, creusé à flanc de colline. D’après la tradition transmise par Hérodote et Diodore, l’antique Minoa aurait été fondée par Minos, le légendaire roi de Crète, qui, à la poursuite de Dédale, débarqua en Sicile à l’embouchure de l’Halycos. Il y mourut et, selon Diodore, fut enterré dans une tombe à deux étages, surmonté d’un temple consacré au culte de la déesse Aphrodite.

 

À flanc de colline

la mer pour seul spectateur

… théâtre muet

 

Si cette île nous offre autant de merveilles, il ne faut pas oublier un de ses enfants les plus connu, Luigi Pirandello. Né le 28 juin 1867 au lieu dit « Le Caos » entre Agrigente et Porto Empedocle, il s’éteignit à Rome le 10 décembre 1936 durant une épidémie de choléra.

 

Après de brillantes études de Lettres et de Philosophie, puis une thèse sur les dialectes Grecs-siculi, il est l’auteur de nombreux écrits (nouvelles, poésies, essais, romans). À cinquante ans il commença à écrire la plus grande partie de ses œuvres théâtrales. En 1929 il fut nommé Académicien d’Italie et en 1934 il obtient le prix Nobel de Littérature.

 

Ce fut un moment très émouvant la visite de la maison de Pirandello. La visite commence au Caos, sur la terre de l'écrivain. La Maison Musée, bien qu'en grande partie restaurée après les évènements de guerre, contient de nombreuses reliques, lettres, photos, manuscrits et peintures qui permettent de reconstruire les vicissitudes humaines et existentielles de l'écrivain. Ensuite, nous parcourrons le sentier qui porte à la “rozza pietra[4] contenant ses cendres, en admirant la vue incomparable sur la “mer africaine”.

 

Rozza pietra

sous un pin solitaire

cendres d’une vie

 


hommage à Pirandello  

encre en hommage à Pirandello

 

 

Il est impossible de quitter la Sicile sans faire un détour par l’Etna, puis Piazza Armérina.

 

Nous partons de Siacca laissant derrière nous les orangeraies, les champs d’oliviers et les figuiers de barbaries – ces derniers se propagent naturellement et donnent des fruits tout aussi défensifs que des hérissons mais si savoureux ! Nous retrouvons une végétation proche de celle de l’Auvergne, avec des feuillus, des sapins…

 

Nous pénétrons dans l’antre de l’Etna.

 

L’Etna, volcan le plus haut d’Europe, appelé aussi Monte di Catania, culmine à 3350 mètres et couvre une superficie de 1200 km2 à proximité de la ville de Catane, seconde ville la plus peuplée de Sicile. Ce volcan est un des plus actifs au monde et l’une des montagnes les plus volumineuse d’Italie.

 

Colonne du ciel –

citronniers et orangers

aux pieds des pentes


 

La légende mythologique de l’Etna dit que le géant Encelade, puni par la déesse Athéna pour avoir déserté la champ de bataille contre les Titans, se retrouve écrasé sous l’île de Sicile où il reste emprisonné. Les coulées de lave correspondent à son haleine de feu et il provoque des séismes lorsqu’il se retourne.

 

Lave en fusion

ce brun ocre des scories

le sang Sicilien

 

Ce volcan n’est pas de tout repos mais son ascension non plus. Le plus impressionnant ce sont ses fumerolles. Après une descente quelque peu glissante sur les champs de scories, nous repartons en direction de Piazza Armerina, ville impériale de Casale datant du IIIème - IVème siècle après J-C.

 

Un magnifique panorama s’offre à nous quand on arrive par la route consulaire de la vallée de Gela, qui autrefois reliait l’antique Catina (Catane) à Agrigente. Venant de l’Etna, après avoir longé le lac de Perguse, on monte entre les forêts d’eucalyptus, de sapins jusque dans le centre de Piazza Armérina. La ville s’étend sur trois monts rocheux à environ 700 mètres d’altitude dans une des régions les plus fertiles de Sicile.

 

La Villa impériale de Casale, construite au pied du mont Mangone, est le monument romain le plus remarquable mis à jour en Sicile, situé à quelques kilomètres du centre urbain de Piazza Armerina dans la fertile vallée de Gela. Cette luxueuse villa est d’une inestimable valeur artistique. Tant dans son ornement décoratif que dans ses figures polychromes, elle est unique en son genre. D’ampleur aux imposantes proportions, la beauté de ses mosaïques couvrent environ 3500 m2 de pavages et de salles.

 

Dans l’atrium

orné de mosaïques

si belle Vénus

 

Dans toutes les salles, en passant par le salon du cirque qui nous mène au Frigidarium, le cœur des thermes, à la salle des onctions, on retrouve quelques restes fragmentés représentant un Dominius oint par des esclaves. Dans le Tepidarium, de forme allongée, terminé par deux absides d’où sortait l’air chaud produit par des fours, le carrelage du sol devait représenter des scènes de “Ludi curosi”. [5]

 

Dans un grand bain chaud

s’apaisent corps et esprit

– les thermes romains

 

Il y a tant de scènes dans une multiplicité de salles qu’il est impossible de les détailler par le menu. Un des lieux le plus remarquable (dans un état de conservation extraordinaire) est le “Promenoir de la Grande Chasse” qui s’étend sur près de 70 mètres et s’ouvre sur un péristyle flanqué de colonnes de marbre.

 

D’un monde antique

luttant contre une panthère

valeureux chasseurs

 

L’entrée du péristyle donne sur une cour avec une petite abside ornée d’une mosaïque de dessins géométriques octogonaux. Des colonnes de marbre aux proportions très élégantes soutiennent des chapiteaux corinthiens. Ce couloir renferme une oasis verdoyante, un petit jardin éclairci par le miroitement de l’eau d’une grande fontaine.

 

De marbre et d’eau

dans ce jardin verdoyant

la douceur de vivre

 

Tant de scènes plus belles les unes que les autres. Arion jouant d’une cithare, deux naïades l’une assise sur un rocher l’autre à califourchon sur une lionne, des représentations d’êtres fantastiques, les géants vaincus, les jeunes femmes jouant à la balle, une autre recevant les palmes de la victoire et bien d’autres représentations tout aussi extraordinaires.

 

À l’époque romaine, la cité perdra son influence et subira le sort de toutes les grandes cités Grecques de l’antiquité.

 

Que de vestiges

ces poignants témoignages

des cités perdues

 

Penser à ce voyage qui fut une découverte de ma terre ancestrale, me laisse un arrière-goût de nostalgie et une forte envie de retourner en terre Sicilienne.

 

Voyageur errant

aucun oubli possible

île – elle, mon île

 

 

Graziella Dupuy

Saint-Amant-Tallende, le 19 mai 2010

 

 

 



 

 

 

 

[1]  Sciacca est une petite ville située directement sur la mer. Elle appartient à la province d’Agrigente et environ 38500 habitants vivent ici. Sciacca est située en haut d’une colline, ce qui permet une belle vue sur la mer. Déjà à l’époque des Romains, Sciacca a été apprécié comme station thermale et balnéaire.

 

[2] Au milieu du XIème siècle, la famille Hohenstaufen fut l'une des plus puissantes de la partie rhénane du Saint Empire romain germanique. Le dernier descendant masculin de ligne directe, Conradin, fils de Conrad IV, fut décapité en 1268 en place publique à Naples, en dépit des règles chevaleresques, suite à sa défaite à Tagliacozzo face à l'angevin Charles Ier de Sicile venu “liquider” l'héritage Hohenstaufen en Italie du Sud.

 

 

[3]Le site d’Héracléa Minoa a été localisé au XVIe siècle par l’historien sicilien Fazello. Le plateau occupé par la ville, porte aujourd’hui le nom de Capobianco.

[4] “rozza pietra” – grossier bloc de pierre

  

 

 

[5]  “Ludi curosi” : concours de course à pied

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 12:00

jardin-du-luxembourg

Publié le 24 avril 2010 dans la revue Ploc n°14
Association pour la promotion du haïku

 

 

 

 

 

 

 

 


En cette fin d'après midi, je marche seule sur les quais de la Seine. Les bouquinistes gelés sautent d'un pied sur l'autre en soufflant dans leurs mains. La Seine est d'un gris métallique, pas une ride sur l'eau ; à quai, une péniche m'a fait penser que j'aimerais faire un voyage.

En écoutant le cri des mouettes, alors que les heures s'égrènent lentement, j'ai eu le sentiment étrange d'avoir déjà vécu ce moment, cette atmosphère mélancolique et en même temps heureuse, comme libérée d'un poids.


Grise la Seine
je marche le nez au vent
les mouettes aussi


Une sensation de liberté absolue m'envahit.
Je n'ai rien ressenti de tel depuis bien longtemps.

J'écoute le bruit étouffé de mes pas dans la neige tout en me rappelant les igloos que je faisais enfant. Qu'il est loin ce temps d'insouciance où rien n'a d'importance, seulement le jour qui passe sans penser au lendemain ni au jour d'avant.

Espérant échapper au froid, je marche d'un pas alerte.


Glacée par le vent
les lèvres entrouvertes
– un petit nuage


Devant la précarité de la vie de cet homme au coin de la rue, l'indifférence des passants me pince le cœur ; je lui donne quelques pièces.


Les yeux dans le vague
buvant seul sous la lune
l’homme sans rien


Je poursuis mon chemin…


Déjà la nuit, il n'est pourtant que dix-huit heures, il me reste encore un peu de temps pour m'imprégner de la ville du côté des Champs Élysées.


Écoute ce soir
les rumeurs de la ville
à peine assourdies


La neige se transforme en une pluie glaciale.


Plic ploc plic ploc plic
petite cantate de pluie
plic ploc plic ploc ploc


L'avenue brille de mille feux, les boutiques sont richement décorées, une effervescence s'est emparée de la ville, tout doit être beau, gai ; Noël approche à grand pas.

Ivre de froid et de fatigue, je rentre à l'hôtel par le métro direction porte de Vincennes.
Quand on pénètre dans le métro, on a l'impression d'être dans un autre monde. Les gens sous terre ne ressemblent pas au gens d'en haut. Ils marchent mécaniquement le regard dans le vide, ils ne parlent pas, n'osent pas se regarder ; s'ils le pouvaient, ils ne respireraient même plus. Le temps passé dans le métro est une absence de vie.

Me voilà enfin arrivée, je décide de défaire ma valise et ranger mes vêtements. La lumière de cette chambre est désagréable, j’allume une bougie.


Sur le porte manteau
ma veste et mon chapeau noir
l'ombre de moi-même


Le froid m’a transpercé jusqu’aux os, je me love dans la baignoire.


Dans un grand bain chaud
je m'endors quelques instants
à l'heure du repas


Après ce moment de détente très réconfortant, je regarde par la fenêtre.


S'étendant au loin
comme les ailes d'un oiseau
les versants des toits


À partir de midi, le ciel s'éclaircit légèrement et je décide de reprendre mon périple dans la ville. C'est très émouvant de revoir les endroits où je suis déjà allée en d'autres circonstances. Ceci est presque un pèlerinage. Les émotions sont différentes, teintées de mélancolie parfois de tristesse.

Je traverse Paris à pied, direction les jardins du Luxembourg ; j'ai toujours aimé le nom de ce jardin. Ses larges allées rythmées par des statues et surtout, un endroit adorable, avec une verrière où, à une époque heureuse de ma vie, j'ai pris un petit déjeuner dont le souvenir me laisse comme un goût de nostalgie.

Vers treize heures, je m'installe sous la verrière du bar dans ce jardin presque désert.

Boire un thé, breuvage magique, doux ou fort, léger ou soutenu, son parfum, les feuilles si délicatement déployées une fois infusées, tout un art de vivre.


Seulement pour moi
lorsque je saisie la tasse
ce parfum de thé…


M'étant enquise du prix de ce breuvage, je vais payer et quitte l'endroit sans me retourner. Des jardins du Luxembourg au musée du Louvre, quelques kilomètres seulement ; j'ai besoin de marcher. Il fait froid, tout est mouillé, les arbres paraissent plus sombres.


Un creux de pluie
sur la chaussée grisâtre
naissance d'un lac


Si petit ce lac et pourtant que de tristesse il évoque en moi.

Sans trop savoir ce que j'allais faire après cet été, sans but précis, seulement l'espoir de retrouver une vie paisible et riche d'amour, de joie de vivre, d'insouciance. C'est incroyable ce que l'on peut perdre dans les montagnes !


Dans les brumes d'un soir
je l'ai encore égarée
mon insouciance


L'été, saison d'opulence. Les arbres sont feuillus, les fruitiers donnent abondamment, partout des fleurs. Les crêtes des montagnes sont bien dessinées, l'herbe est plus verte, la faune et la flore sont plus actives. Les nuits sont d'un bleu profond allant parfois jusqu'au noir. Le ciel est constellé d'étoiles et la lune paraît plus brillante.


Si près de Vénus
la lune accrochée au ciel
rosit de plaisir


À la tombée du jour, la lumière du soleil cachée derrière l'horizon, les arbres semblent courbés sous le poids de la nuit qui approche.


Fourbus les arbres
sur les crêtes rocheuses
– coucher de soleil


Je marche dans les rues de Paris, comme pour me libérer de tout, de ma tristesse, de ma désespérance, de mon dégoût des choses, de l'ennui que j'éprouve à la compagnie des autres, du catastrophisme ambiant.

J'ai besoin de me retrouver, de me ressourcer, de m'occuper de moi, de faire des choses pour moi – de devenir égoïste. Besoin également de me préserver, chose que je n'avais pas faite depuis vingt années. Je me suis, pendant tout ce temps, abandonnée, confiante, sûre de lui. Je me sentais différente, je pensais avoir une chance incroyable, je n'étais pas comme toutes les autres femmes, et puis, brutalement, je me suis retrouvée dans la même situation que quelques unes de mes connaissances.

En face de moi, j'ai un homme différent de celui que j'avais rencontré, un homme qui a changé. Je suis sûrement coupable de ne pas m'en être rendue compte et d'être restée sur mon petit nuage comme si tout allait bien.

C'est l'heure du bilan, on en fait à différentes époques de sa vie, toujours ou souvent à des moments difficiles de son existence. Aujourd'hui c'est parce qu'il a croisé “un ange blond” venu de l’Est, de cette ville mythique s'il en est, Prague.


***

Je reprends mon pèlerinage dans la capitale, déjà le Louvre ! Je n'ai même plus envie de pénétrer à l'intérieur, trop de monde. Je vais m'asseoir au café Marly boire une tasse de thé. Deux hommes arrivent à ma hauteur ; l'un parle avec douceur tandis que l'autre écoute avec tendresse, accroche mon regard.


Le père et le fils
éphéméride d’un jour
à eux deux, cent ans


Je les regarde marcher, leurs pas s'accordent parfaitement. Je ressens une complicité. L'homme, le plus âgé, a un regard malicieux et tout à la fois bienveillant ; ils semblent être en harmonie avec ce qui les entoure. Serait-ce la voie de la sagesse ?

Ce café est un endroit agréable, sous une galerie en face du Louvre, le bruit à l'intérieur est feutré et le thé délicieux. Il y règne un air de fête, les gens sont élégamment vêtus, certains ont des paquets cadeaux avec de très beaux nœuds, emballés dans de riches papiers – il est vrai que le jour de l'an est proche.


Quelques vibratos
ce soir à l’heure des complis
– sonne un carillon


Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Rien n'est jamais acquit. Comme on me l'a fait remarquer, “une alliance n'est pas une assurance vie”. Cette remarque est judicieuse de même que “le mariage n'est pas une fin en soi”, mais cela peut être un moment plus ou moins heureux dans une vie.


S’invite la lune
là sur le vieux banc de bois
– mon ombre s’éclipse…


J’aime la nuit qui tombe. Dans la cour du Louvre, devant les pyramides de verre toutes en lumière, c'est féerique. Je reste quelques instants à admirer cette architecture ; finalement j'irais bien me promener du côté du Pont Neuf qui n'est pas très loin du Louvre.

Je longe la Seine, c'est beaucoup plus calme à cette heure de la journée. Devant moi, une mère et ses enfants, l'un dans une poussette, l'autre, un petit bonhomme bien emmitouflé, court en déployant les bras, comme les ailes d'un oiseau – visiblement le rêve d'Icare n'est pas mort. En face de moi, un couple d'amoureux, elle, serrée contre lui, la tête posée sur son épaule…


Aucune différence
entre l'horizon et le ciel
camaïeu de gris


Penchée au-dessus du parapet, je regarde l'eau s'écouler…
J'ai l'impression que ma vie s'est enfuie aussi vite que l'eau qui court sous ce pont.


Après quoi court-elle
sans jamais se reposer
la couleur de l'eau ?


Sur le chemin du retour, je m'arrête dans une boutique de chocolats. Un jeune homme, avec une toque blanche, m'invite à goûter un chocolat noir en m'expliquant la qualité des fèves de cacao, leurs origines et la manière de les travailler. Aucune résistance de ma part, pour acheter quelques chocolats, après tout, j'étais là pour ça.


À la fin du jour
des ombres qui s'effacent…
les reflets sur l'eau


Rentrée à l'hôtel, je ne résiste pas à la gourmandise et croque suavement un chocolat à la nougatine… puis un autre… et encore un… jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus. Je me revois enfant chapardant les chocolats et les mangeant en cachette, au grand désespoir de ma mère quand elle découvrait le larcin.

Plus tard dans la soirée, je retrouve mes collègues pour faire une partie de cartes, ponctuée de fraises « tagada » et autres sucreries du même genre, si bien que, prise de nausées, j'abandonne mes partenaires pour aller me coucher.


Au fond de mon lit
sous une couette bien chaude
là, tout simplement


Blottie contre l'oreiller, je repense à aujourd'hui, puis à hier, tout se mélange…

La lune disparaît
entre les bras des nuages
– je ferme les yeux…


Soudain, j’entends des bruits d’eau, de pas, de valises qui cognent les murs dans le couloir. On peut espérer mieux comme réveil…

Voir la mer, c'est toujours quand il fait froid que j'y pense, alors qu'en été je préfère la montagne – en tout cas jusqu'à présent. Je ne sais pas si je pourrais y retourner avant longtemps.


Un rêve de bonheur
égaré dans les montagnes
– un ange l'a gardé


Voilà ce qu'évoque, pour moi, l'été dernier à la montagne.


Le vent froid de l'Est
par la porte s’est introduit
sans rien demander


Ce soir, je vais boire à la nouvelle année, “au bout de l'an” comme le dit Bashô.


Vertiges d'ivresse
bouteilles par-dessus les toits
la tête dans le sac


Je me suis éclipsée avant l’euphorie des souhaits de « Bonne Année » ; je me sens si seule, finalement je vais me coucher.


Un rêve n'est qu'un rêve
semble me dire la lune
– réveil en sursaut


La nuit est encore là, et comme toutes les nuits je me réveille après m'être repassé le film des vacances en boucle.

Voilà vingt ans d’une vie et qu’en reste-t-il ?


À mon chant d’amour
sans vergogne s’est mêlé
le chant d’une aigrette


Le Jour de l’An s'achève. Bientôt le départ.

Je marche dans la rue Maurice Ravel jusqu’au métro Porte de Vincennes en direction de la Gare de Lyon.


Au crépuscule
une procession de lucioles
les phares sous la pluie


La gare grouillante de monde. On se croirait le jour de la bénédiction papale sur la place Saint-Pierre de Rome. Une effervescence indescriptible… les valises s’entrechoquent… surtout ne pas « rater le train ».

Trois heures et demie de voyage…

Sur le quai, il m’attend. Mon cœur bat la chamade.
Il est vingt trois heures au clocher de l’église. Il se peut que la vie ne nous ait rien promis,
La seule chose dont je sois certaine c’est que malgré tout


J'aime les roses
les nuits de pleine lune
et l'homme aux haïkus

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 11:55

venise serenissime   

 

 

 

 

   Publié le1er février 2010 
   Ploc¡ la revue du haïku n° 11
   
   
   
   
   
   
   
    
   
   
   
Le charme commença à opérer lors de ma première visite dans la cité des Doges. Cette cité unique au monde a le pouvoir de prendre votre âme et de vous envoûter comme l’aurait fait une courtisane.Venise la Sérénissime… parée des atours d’une Diva, de bijoux de mosaïque, tantôt dentelle gothique ou brocarts byzantins.


Reine au front ocre
union entre terre et eau
– suspendu le temps



Je me laisse porter par la magie des lieux au détour de chaque ruelle.
Sur les campi ou les campielli le puits, source de vie, se tient à la place d’honneur.
Les mitres des cheminées sont inchangées depuis la Renaissance. Les quatre cent onze ponts relient entre elles les cent dix-huit îles de la lagune, dont un tristement célèbre, le Pont des Soupirs, franchi par les condamnés pour rejoindre leur geôle – la légende dit qu’avant d’être enfermés, jetant un ultime regard sur le rio, les condamnés poussaient un soupir. Le non moins célèbre Pont du Rialto, temple des marchands, enjambe le grand canal ; grouillant le jour et si paisible la nuit, certain soir une mélodie vous y attire comme le chant des sirènes.




Sur le Rialto
assis au bord du silence
un joueur de luth



La Sérénissime, bordée de chemins d’eau, se faisant miroir pour ses palais, régnant avec fragilité sur Véronèse, Tintoret, Tiepolo, Bellini et bien d’autres encore. Sous la lumière diffuse des lumignons, tu nous laisses sous ton fard entrevoir quelques rides. Le matin, tu nous offres la beauté de tes murs lépreux et, le soir, tu te fais Grande Dame, élégante, que l’on accompagne à la Fenice.

Voilà déjà bien des années… tu resteras la rencontre qui envoûta mon âme par la lumière si particulière de ta lagune, de tes pierres qui parlent, de ton charme éternel…

Elle – Orient-Express
le désir de s’y perdre
un spritz pour rêver

Graziella Dupuy
Saint-Amant-Tallende, le 11 janvier 2010

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